Le secteur du halal, autrefois marginal, connaît un développement exponentiel en France, selon Florence Bergeaud-Blackler, spécialiste de l’islam et des mouvements frères. Dans son ouvrage Le djihad par le marché, elle analyse les dynamiques qui ont transformé cette pratique religieuse en un secteur économique structuré.
L’offre de viande halal s’est organisée à partir des années 1990, répondant aux besoins croissants d’une communauté musulmane en expansion. Le processus d’abattage, initialement traditionnel, a évolué vers une méthode industrialisée. Les mollahs iraniens ont joué un rôle clé dans la standardisation de ces pratiques, adaptant les rituels à des normes tayloristes. Cette transformation a permis aux acteurs économiques de capitaliser sur une demande croissante.
Le contrôle du halal repose sur des conventions informelles plutôt que sur des réglementations légales strictes. Les abattoirs doivent respecter des critères précis, comme la direction vers La Mecque ou l’absence d’étourdissement de l’animal. Cependant, les contrôles restent principalement effectués par des organismes privés, créant un écart entre les exigences religieuses et les réalités industrielles.
Selon la chercheuse, le halal s’est transformé en une norme hybride, mêlant religion, économie et médias. Les influenceurs et certifications privées façonnent les règles, souvent au détriment de l’authenticité rituelle. Cette logique d’extension du halal à des domaines comme la cosmétique ou les produits pharmaceutiques soulève des questions sur sa réelle pertinence.
Enfin, Florence Bergeaud-Blackler souligne les tensions entre le principe de pureté religieuse et les valeurs démocratiques. L’imposition d’un cadre strict pourrait créer des clivages sociaux, en opposant des groupes selon leur conformité au halal. Le marché, bien que structuré, reste un miroir complexe des tensions entre tradition et modernité.