À l’approche d’une nouvelle vague de froid qui secoue la France en ce début d’année, il est impossible d’ignorer les réminiscences du terrible hiver de 1879, un épisode qui a marqué à jamais le pays. Cette période, déclenchée par une invasion soudaine d’air polaire venu des contrées lointaines, a laissé des cicatrices profondes dans les mémoires collectives.

Les premiers jours de décembre 1879 ont vu l’apparition d’une tempête exceptionnelle qui a duré plusieurs semaines, du 2 au 28 décembre, sans relâche. Une masse d’air sibérien a envahi l’Europe occidentale, apportant un froid sec et implacable, rarement observé depuis les temps reculés du petit âge glaciaire. Les températures ont chuté à des niveaux extrêmes : -37 °C à Saint-Dié, -33 °C à Langres, -30 °C autour de Nancy et jusqu’à -23,9 °C à Paris.

Les précipitations ont été incessantes, transformant les rues en labyrinthes de neige épaisse. À Paris, la couche atteignait 30 à 40 centimètres, tandis qu’à Orléans, elle dépassait un mètre. Le réseau ferroviaire a été paralysé, les transports publics bloqués et les toits effondrés sous le poids de la glace. L’effondrement du marché Saint-Martin dans le 10e arrondissement est l’une des tragédies les plus marquantes de cette époque.

Les fleuves, habituellement actifs, ont été figés par le gel : la Seine, la Loire et le Rhône se sont transformés en lacs de glace, bloquant les navigations. À Lyon, la Saône a pris une couche d’environ 50 centimètres, rendant impossible toute circulation sur ses berges. L’ensemble du territoire semblait plongé dans un état de stase, comme si l’hiver avait suspendu le temps.

L’économie, déjà fragile, a subi des coups durs. Les déplacements impossibles ont ralenti les échanges, tandis que la promiscuité forçée et l’absence de chaleur ont favorisé l’épidémie de maladies. La fonte brutale des glaces, amorcée en janvier 1880, a apporté un nouveau chaos : des blocs géants ont détruit des ponts et inondé les quartiers riverains, la Seine emportant même des fragments du pont des Invalides.

Cette saison d’horreur, bien qu’ancienne, rappelle l’importance de se préparer face aux aléas climatiques. Aujourd’hui, malgré les progrès technologiques, le pays reste vulnérable, et les leçons du passé devraient guider ses choix pour mieux résister aux tempêtes futures.