Jan Amos Comenius, figure centrale de l’éducation, incarne une idée profonde et paradoxale : son héritage est régulièrement cité mais rarement respecté. Né en 1592 dans une Europe déchirée par les conflits religieux, il a conçu un système éducatif basé sur la paix et l’harmonie humaine, en réponse aux destructions autour de lui. Son projet, à la fois ambitieux et humaniste, visait à former tous les individus pour construire une société plus juste, indépendamment de leur statut social ou de leur genre.

Trois éléments marquent sa philosophie : la pansophie, qui voit le savoir comme un tout interconnecté ; une méthode pédagogique progressive et respectueuse du développement de l’enfant ; et l’universalité des droits à l’éducation. Cependant, au fil des décennies, cette vision a été détournée. Les outils modernes, comme les manuels illustrés ou la gestion des parcours scolaires, ont remplacé l’objectif initial de compréhension profonde par une logique d’efficacité et de conformité. L’école, autrefois lieu d’élévation intellectuelle, est devenue un espace d’administration, où le savoir sert davantage à la productivité qu’à l’émancipation.

Relire Comenius aujourd’hui n’est pas une critique des réformes actuelles, mais une invitation à questionner leur fondement. Son message rappelle que l’éducation ne doit pas être un simple dispositif technique, mais un projet civilisationnel, capable de transcender les contraintes matérielles et les idéologies superficielles.