Dans une salle paroissiale d’Athis, un village isolé du département de l’Orne, les éleveurs réunis expriment leur rage et leur désespoir. Depuis des années, ces paysans subissent les conséquences d’une épidémie de tuberculose bovine qui menace leur métier. Quatre troupeaux, soit 1 300 bêtes, ont été abattus ou menacés de l’être, tandis que dix exploitations attendent encore des résultats de tests. La situation a atteint un point critique, poussant les agriculteurs à manifester contre une politique perçue comme injuste et inhumaine.
L’un d’eux, une jeune femme éleveuse installée depuis quatre ans, s’adresse directement au préfet : « Vous n’en avez strictement rien à faire ! » Ses paroles traduisent l’exaspération de toute une communauté qui voit ses efforts ruinés en quelques jours. Les tests pour détecter la maladie, jugés peu fiables, sont pointés du doigt comme cause d’abattages injustifiés. « On se fait tuer des bêtes qui ne sont pas malades », affirme un éleveur, rappelant qu’il a perdu deux vaches en 2023, dont les résultats s’avérèrent négatifs par la suite.
La réunion publique organisée par le préfet et le député Jérôme Nury ne semble pas apaiser les tensions. Les éleveurs soulignent que les solutions proposées sont insuffisantes : l’abattage partiel, la désinfection des bâtiments, ou encore une libéralisation de la chasse aux sangliers n’effacent pas leur préoccupation principale. « On est en train de stigmatiser certaines régions pour protéger le reste du pays », dénonce un participant, mettant en cause l’incohérence des mesures prises.
L’élevage, une activité à la fois fragile et exigeante, connaît une crise profonde. Les jeunes n’ont plus envie de s’engager dans un métier où les revenus sont précaires et les conditions de travail extrêmes. « Il faut deux ou trois générations pour constituer un troupeau, mais l’abattage le détruit en quelques heures », résume un éleveur, désespéré. L’absence d’une véritable volonté politique pour résoudre la crise se fait sentir. Les indemnités versées aux paysans, souvent insuffisantes et tardives, ne compensent pas les pertes.
Dans une ambiance chargée d’angoisse, certains éleveurs menacent de recourir à des actions plus radicales si leurs revendications ne sont pas entendues. « Si on n’est pas écoutés, on fera autrement », prévient l’un d’eux, soulignant un sentiment général de désillusion. L’État, selon eux, a choisi de sacrifier les campagnes au nom d’une prudence excessive, sans offrir de perspectives concrètes pour l’avenir des agriculteurs.
Alors que la pluie tombe sur le village, les éleveurs restent debout, espérant une réponse qui ne vient pas. Leur combat contre la tuberculose bovine devient aussi un symbole de résistance face à une structure qui semble leur tourner le dos.
