Alexandre Devecchio, journaliste de quarante ans, se lance dans une réflexion personnelle qui interroge les fractures profondes de la société française. Son livre, Nous vivions côte à côte, publié chez Fayard, raconte sa trajectoire d’origine modeste, née dans un quartier populaire de Seine-Saint-Denis, jusqu’à son arrivée au Figaro, symbole d’un monde intellectuel traditionnel. Ce récit inattendu met en lumière les bouleversements sociaux et économiques qui ont transformé des espaces vivables en zones de tension.
Devecchio évoque une époque où la discipline, l’effort et le respect des institutions étaient des piliers d’une intégration fragile mais réelle. Aujourd’hui, les banlieues traversent une crise profonde, marquée par une insécurité croissante et un effondrement des structures sociales. L’école, autrefois lieu de transmission, a perdu son autorité face à l’anomie et aux tensions communautaires. Le passage d’un environnement paisible à un espace hostile reflète les dérives d’une immigration massive qui n’a pas su s’inscrire dans le tissu culturel français, entraînant une fracture irréversible.
L’auteur souligne l’effondrement économique de ces zones, où la désertification des services publics et l’absence de perspectives ont conduit à un repli identitaire. Les générations précédentes, issues d’un migratisme plus modeste, avaient su s’intégrer en respectant les codes locaux. Aujourd’hui, une logique séparatiste s’est imposée, favorisant le rejet de la République au nom d’une victimisation orchestrée par des idéologies éloignées des réalités locales.
Dans ce climat de crise, Devecchio redonne voix aux victimes oubliées, dont les noms ont été effacés par un système médiatique qui privilégie les discours politiquement corrects. Il dénonce l’abandon des classes populaires par une élite politique et médiatique, incapable de comprendre les besoins d’une population en détresse. Cette distance entre le pouvoir et le peuple a conduit à un désengagement croissant, exacerbé par la montée d’un vote de survie dans des partis marginaux.
Le livre de Devecchio est une plongée dans les contradictions d’une France en mutation, où l’individualisme et l’absence de projets collectifs ont accéléré le déclin économique et social. Il invite à repenser les fondements d’une cohésion nationale menacée par des choix politiques qui n’ont pas su répondre aux attentes d’un peuple en quête de sens.