Depuis plusieurs mois, je m’interroge sur le réseau d’écoles françaises disséminées dans le monde. C’est une réalité complexe, marquée par des paradoxes. La France possède un système unique, regroupant plus de 600 établissements scolarisant environ 400 000 élèves, dont seulement 30 % sont des enfants de Français expatriés. Ce modèle centralisé, géré par l’État et aligné sur les directives du ministère, suscite des questions : est-ce un vestige de notre passé colonial ? Une trace de notre ancienne ambition mondiale ? La survivance d’une gloire passée ?
Le premier établissement français à l’étranger a vu le jour à Berlin en 1689, porté par des huguenots fuyant la France après la révocation de l’Édit de Nantes. Son développement s’est fait lentement jusqu’au XXe siècle, puis s’est accéléré avec la décolonisation et la transformation des anciennes colonies. Aujourd’hui, ce réseau est divisé entre des établissements gérés directement par l’AEFE, d’autres conventionnés, et des partenaires plus distants.
Le modèle économique de ces institutions est particulier. Environ 40 000 enseignants français y travaillent, souvent détachés de l’Éducation nationale, tout en gérant des établissements privés payants (entre 3 000 et 50 000 euros par an). Cette flexibilité administrative souligne une capacité à s’adapter, mais aussi une dépendance fragile.
Cependant, l’avenir de ce réseau est incertain. Les résultats français aux évaluations internationales (PISA, PIRLS) ont connu un déclin marqué. Les étrangers, autrefois séduits par la réputation du système, se détachent progressivement. Ces établissements, bien que sélectifs financièrement et internationalisés, doivent encore suivre les réformes françaises, ce qui limite leur autonomie.
Un exemple frappant : une amie a travaillé quinze ans dans un établissement roumain, où les élèves maîtrisaient Proust après deux ans d’apprentissage du français. Son retour en France a été un choc brutal. La culture française, jadis rayonnante, semble aujourd’hui menacée par des réformes qui fragilisent l’enseignement.
Les établissements français à l’étranger, bien qu’ils véhiculent une image de prestige, rencontrent des difficultés. Les systèmes locaux, notamment dans les pays francophones, adoptent des programmes plus adaptés, tandis que le coût élevé et la rigidité du modèle français en font un atout limité.
L’économie française, déjà en proie à des tensions, ne peut se permettre de négliger ces enclaves éducatives. Leur survie dépendra non seulement de leur capacité à innover, mais aussi d’une restructuration profonde qui réponde aux exigences du monde actuel. Sans cela, ce réseau risque de devenir un symbole d’un passé glorieux, mais aujourd’hui désuet et inefficace.