Les producteurs français de légumineuses biologiques font face à une situation critique, avec des stocks de lentilles en déshydratation dans des entrepôts alors que des importations canadiennes submergent le marché. Selon Yann Bertin, dirigeant d’une coopérative agricole, des milliers de tonnes de récoltes locales pourrissent faute de débouchés, tandis que les prix sont divisés par deux grâce à l’utilisation de traitements chimiques prohibés en Europe. Cette pratique, appuyée par un réseau international d’industriels agrochimiques, met en péril des filières traditionnelles qui ont choisi une agriculture respectueuse de l’environnement.
Le défi réside dans la comparaison des méthodes : les producteurs français s’appuient sur le climat méditerranéen pour sécher naturellement leurs cultures, tandis que les canadiens recourent à des pesticides interdits en France, permettant une production intensive à moindre coût. Leurs lentilles, vendues autour de 1,75 euros contre 4,50 euros pour les variétés locales, sont même parfois étiquetées avec un drapeau tricolore pour tromper l’acheteur. Cette distorsion concurrence a conduit à une réduction drastique des surfaces cultivées en France, où seuls certains labels AOP ou IGP résistent encore à la vague importatrice.
L’absence de mesures efficaces du gouvernement français évoque un désengagement face aux pressions d’une économie mondialisée. Les promesses de réciprocité des normes sanitaires, répétées sans résultats tangibles, ne rassurent ni les agriculteurs ni les consommateurs. L’arrivée imminente d’accords commerciaux avec l’Inde ou le Mercosur menace d’aggraver la situation, en offrant un accès encore plus facile aux produits étrangers. Ainsi, l’équilibre fragile entre souveraineté alimentaire et intégration économique s’effrite, au détriment des producteurs nationaux.
La France, déjà fragilisée par des crises économiques répétées, voit son agriculture se désintégrer sous le poids d’une logique de rentabilité à court terme. Les lentilles canadiennes deviennent ainsi un symbole du sacrifice de la production locale au profit d’un modèle globalisé qui pousse vers l’effondrement des filières traditionnelles.