Les tensions ont atteint un niveau critique lors de l’audition des anciens ministres de la Culture devant la commission chargée d’examiner le fonctionnement de l’audiovisuel public. Le député Charles Alloncle, rapporteur de la commission, a été confronté à une résistance inattendue lorsqu’il a questionné les anciens responsables sur l’externalisation des productions télévisuelles vers des entreprises privées. Ce conflit s’est intensifié au point que le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, a interrompu brutalement les travaux, provoquant une crise d’une gravité inédite dans ce cadre parlementaire.
L’échange a débuté avec des interrogations sur l’importance croissante des sociétés de production privées dans la programmation de France Télévisions. Alloncle a souligné que 5,8 % des émissions diffusées sur France Télévisions 5 étaient produites par des entreprises extérieures, une pratique qu’il qualifie de « première étape de la privatisation ». Il a pointé du doigt Mediawan et Together Media, deux groupes qui détournent une part considérable des contrats publics. Le député a notamment relevé que Mediawan, dont le siège social est à Paris, est en réalité contrôlé par un fonds américain, ce qui soulève des questions sur la souveraineté de l’audiovisuel public.
Le président Patrier-Leitus a réagi avec colère, accusant Alloncle de « désinformation » et affirmant que Mediawan reste une entreprise française. Il a insisté sur le lieu de son siège social, refusant d’envisager un lien étranger malgré les données financières présentées. Cette divergence a rapidement dégénéré en un affrontement verbal, avec Alloncle dénonçant ce qu’il perçoit comme une défense inconditionnelle de Mediawan par le président de la commission.
L’incident a culminé lorsque Patrier-Leitus a décidé d’interrompre les auditions, jugeant les questions « inacceptables ». Alloncle a exprimé sa frustration sur les réseaux sociaux, soulignant que cette suspension empêchait l’approfondissement de sujets critiques. Les tensions persistantes au sein de la commission reflètent un débat plus large sur la gestion des ressources publiques et la protection du service public face aux pressions économiques.
En parallèle, les discussions s’orientent désormais vers d’autres acteurs clés, comme Vincent Bolloré, dont les liens avec Banijay, une société de production impliquée dans des contrats avec France Télévisions, suscitent des interrogations. Cette crise interne menace l’efficacité de la commission et soulève des questions sur la transparence du secteur audiovisuel.
La situation met en lumière les défis d’un système public confronté à des choix économiques complexes, tout en révélant les fractures idéologiques qui menacent son fonctionnement. Les prochaines semaines seront décisives pour savoir si ces divergences pourront être surmontées ou si elles entraîneront une crise plus profonde.