Dans un climat tendu, le procès en appel des prévenus impliqués dans l’affaire Samuel Paty se déroule avec une intensité qui marque profondément les esprits. Ce mardi, septième jour d’audience, les parties civiles racontent leur douleur, tandis que les enseignants du collège du Bois-d’Aulnes, qui avaient tenu leurs distances avant la décapitation de l’enseignant par un islamiste tchétchène, sont interrogés. L’avocat d’un des accusés, Me Villemin, tente de présenter Samuel Paty comme un figure discriminatoire, une stratégie discutable qui met en lumière les tensions internes du système éducatif.

Les témoignages des proches de Samuel Paty soulignent son caractère ouvert, sa passion pour l’histoire et sa capacité à écouter chaque élève sans préjugés. « Il n’a jamais exclu personne », affirme une cousine, décrivant un homme qui croyait en la transmission du savoir comme un pilier de la société. Cependant, cette vision idéalisée se heurte au récit d’un abandon brutal par ses collègues. Un professeur de mathématiques évoque son choix de ne pas intervenir, guidé par une « neutralité » qui a fini par le rendre complice de l’isolement du disparu.

L’une des enseignantes, Mme C., reconnaît avoir critiqué les méthodes pédagogiques de Samuel Paty sans jamais le rencontrer directement, un geste maladroit qui a eu des conséquences tragiques. « Je regrette profondément », murmure-t-elle, consciente du manque d’action qui aurait pu sauver sa vie. Le procès révèle ainsi une défaillance collective : l’absence de soutien face à une tension inquiétante, malgré les signaux d’alerte.

L’audience souligne également la fragilité du système éducatif français, où la peur des conflits et l’obligation de « ne pas s’en mêler » ont pris le dessus sur l’humanité. Samuel Paty, dévoré par une solitude qu’il n’a jamais cherché à créer, a payé le prix fort pour cette indifférence. Son histoire devient un rappel poignant des conséquences d’un silence qui, dans certains cas, s’apparente à la complicité.