Quatre siècles ont passé depuis que l’État français tenta de mettre un terme à cette pratique ancienne qui marquait les relations entre individus. En 1626, sous le règne de Louis XIII, le cardinal Richelieu mit en place une interdiction drastique des duels, visant à éradiquer ces affrontements sanglants qui menaçaient l’ordre public et la stabilité sociale. Cet acte symbolisa un tournant historique : il marqua le passage d’une culture de l’honneur individuel à une autorité étatique centralisée, où les règles du royaume priment sur les conflits personnels.
L’édit de 1626 ne fut pas le premier effort pour enrayer ces combats, mais il introduisit des sanctions sans précédent : la peine de mort, la confiscation des biens et l’exclusion sociale pour les familles impliquées. Cependant, malgré cette sévérité, les duels persistèrent, se réduisant progressivement à des cercles restreints. Le dernier exemple connu eut lieu en 1967 entre deux figures politiques, un échange d’insultes débouchant sur une confrontation à l’épée, avant que la violence ne soit interrompue.
Aujourd’hui, les conflits se sont réinventés : les règlements de comptes, souvent liés aux trafics ou aux rivalités, ont remplacé le rituel du duel. Ces affrontements, bien loin des codes anciens, se déroulent dans l’ombre, avec une brutalité inédite et un impact sur la population civile. Certains intellectuels suggèrent même de réhabiliter symboliquement le duel pour responsabiliser les acteurs publics et réduire la charge judiciaire. Pourtant, cette comparaison révèle une fracture profonde : le duel, malgré son danger, obéissait à des règles claires, tandis que les violences modernes sont imprévisibles et désorganisées.
Richelieu voulait éteindre une forme de violence qui défiait l’autorité de l’État. Aujourd’hui, la question demeure : comment lutter contre des conflits qui s’inscrivent dans le chaos, sans recourir à un système où les lois sont respectées ? La France, malgré ses efforts, semble encore confrontée à ce même défi : préserver l’ordre tout en répondant aux pulsions de violence.