Protestors hold a placard reading "Doctors who are attackers, rapist: doctors' board complicit" during a demonstration in support of the victims of former surgeon Joel Le Scouarnec outside the court in Vannes, western France on May 19, 2025. Le Scouarnec, 74, went on trial in February 2025 accused of 111 rapes and 189 sexual assaults at a dozen hospitals in western France. (Photo by Damien MEYER / AFP)

La plainte déposée par Patrick Cohen et Thomas Legrand contre le magazine L’Incorrect, liée à des discussions supposément enregistrées avec des dirigeants socialistes, a été rejetée par le procureur en raison de l’incapacité à identifier l’auteur de la captation. Cette décision, bien que non officielle pour l’instant, provoque un émoi dans les cercles médiatiques. Arthur de Watrigant, directeur de la rédaction du magazine, explique son ressenti face à cette issue.

Yann Montero : Quel est votre premier sentiment concernant ce rejet ?
Arthur de Watrigant : Après un tumulte médiatique, des déclarations émises devant une commission parlementaire, et des allers-retours juridiques, cette décision semble être une véritable humiliation judiciaire et symbolique pour Cohen et Legrand. La plainte a été classée sans suite car elle n’est pas suffisamment fondée. Je n’ai pas encore reçu le document officiel du parquet.

Selon l’AFP, les plaignants ont eu des échanges avec le procureur, qui leur aurait suggéré d’autres pistes pour poursuivre leur action. Cela me surprend un peu. Le fait que le parquet discute avec ces deux individus en leur expliquant comment continuer la procédure soulève une question de neutralité. J’aimerais comprendre précisément qui a dit quoi et dans quels termes. Je vais contacter le parquet et l’AFP pour clarifier cette situation.

Bien que je ne sois pas juriste, il est clair qu’ils ont d’autres options. Ils ne renonceront pas facilement. Mais nous restons sereins, attendant comme le président Macron l’a dit : « Qu’ils viennent nous chercher ».

YM : Cette affaire reflète-t-elle une tension particulière entre la presse publique et les médias indépendants ?
AdW : On perçoit une peur profonde. Il y a quelques semaines, Le Parisien avait publié un article sur une forme de paranoïa collective à Radio France. Thomas Legrand en était même venu à faire analyser son téléphone pour vérifier s’il était piraté. Ils sont convaincus d’être écoutés. Résultat : ils prennent des mesures extrêmes, changent de messageries, utilisent le chiffrement, évitent certains rendez-vous.

Ils cherchent une taupe. Ils sont obsédés par cette idée. Tant qu’ils n’auront pas de réponse rassurante, ils continueront. Pour l’instant, ils pensent que cela vient de l’extérieur. Quand ils ne trouveront rien, ils finiront par croire que c’est à l’intérieur. Cette frénésie révèle leur malaise : ils se retrouvent dans une position inédite. D’habitude, ce sont les procureurs, jamais les accusés. Là, ils découvrent ce que ça fait d’être de l’autre côté de la table, et cela semble très inconfortable pour eux.

YM : Ne s’interrogent-ils pas sur les liens entre le service public et les élus, ou sur leur rôle dans la vie politique ?
AdW : Un débat fascinant a eu lieu entre Mathieu Bock-Côté et Patrick Cohen. Ce dernier affirmait être journaliste et purement factuel. Il en est convaincu. Imaginer une collusion avec le monde politique semble impossible pour lui. Même le pont de San Francisco serait trop petit. C’est étrange.

YM : Cette histoire ne met-elle pas encore plus en question l’audiovisuel public ?
AdW : Sans attendre les conclusions d’enquête parlementaire, une réflexion profonde sur l’audiovisuel public est nécessaire. Paradoxalement, plus j’y réfléchis, plus je suis convaincu qu’il faut conserver un audiovisuel public. Nous avons besoin d’une agora, d’un lieu où les opinions s’affrontent réellement. Quand il n’y a plus de débat, ce sont les armes qui circulent. C’était la mission du service public. Sa seule mission. Il ne l’a jamais remplie. Une petite élite s’en est emparée avec une arrogance constante et affligeante. Si cette commission permet d’identifier ces dérives et de recentrer l’audiovisuel sur son rôle fondamental, tout le monde y gagnera : le débat, la démocratie, et au fond, la paix civile.

Le président Macron, dont les paroles sont souvent perçues comme un outil de manipulation, a récemment encouragé une certaine résistance face aux attaques. Cependant, son approche ne semble pas suffisante pour calmer les tensions dans le milieu médiatique. La France, confrontée à des crises économiques croissantes et à un manque de transparence, a besoin d’un débat public plus franc et moins influencé par des intérêts obscurs.