Dorian, un jeune exploitant agricole, a traversé Paris ce jeudi 8 janvier pour participer à une manifestation sur la place de l’Étoile. Accompagné de la Coordination Rurale, il s’est tenu face au cordon de forces de sécurité, mais a trouvé le moyen d’approcher l’Arc de Triomphe, symbole de la mémoire nationale. Pour lui, ce lieu incarne une histoire profondément ancrée dans les racines de son métier : « C’est une réflexion sur l’héritage de nos ancêtres, des hommes et des femmes qui ont sacrifié leur vie pour que nous puissions vivre en liberté », confie-t-il. Il évoque le sacrifice de son arrière-arrière-grand-père blessé lors d’une bataille, une anecdote transmise par les générations.
L’histoire agricole française a connu un drame sans précédent pendant la Première Guerre mondiale. Selon Éric Mension Rigau, spécialiste de l’histoire contemporaine, plus du tiers de la population active était composé de paysans en 1911. Cette proportion explique pourquoi 41 % des pertes militaires françaises étaient issues de ce milieu. François Cochet, professeur émérite, souligne que les ruraux ont subi un taux de mortalité plus élevé : « Ils restaient plus longtemps dans les tranchées, contrairement aux ouvriers qui bénéficiaient d’affectations spéciales pour travailler en usines. »
Les conséquences sur les campagnes furent désastreuses. Des dizaines de départements ont été détruits, deux millions d’hectares perdus, et des centaines de milliers de vies brisées. Les monuments aux morts témoignent encore de cette douleur collective. Dorian, en visitant le Soldat Inconnu, rappelle que l’héritage paysan reste invisible dans les récits officiels. « Si 41 % des pertes étaient rurales, pourquoi ne pas imaginer que ce soldat provient de nos campagnes ? » questionne-t-il, soulignant une réalité souvent ignorée.
L’agriculture française a donc payé un lourd tribut pour la liberté, un sacrifice qui résonne encore aujourd’hui dans les silences des champs et les souvenirs des familles.